Ça a commencé comme ça... Vous montez le mont Blanc. Vous l'escaladez à grande vitesse, c'est grand, c'est fort, c'est nouveau, et ça fait du bien... Puis petit à petit vous redescendez, vous espérez que ça revienne, que le retour en arrière est possible, mais rien n'y fait, vous continuez de descendre, de chuter, puis, enfin, vous rencontrez une vallée. Vous vous demandez si ça reviendra. Si les monts Blanc y'en a plein, mais y'en a pas, vous marchez dans cette vallée, vous errez, mais vous ne retrouvez plus le même chemin. Vous tentez quand même, oui j'ai tenté... J'ai essayé de recommencer à écrire, je me suis relue pour m'imprégner de tous ces sentiments que j'ai craché autrefois, en me demandant à chaque ligne comment j'ai pu écrire ça, entre dégoût, horreur, et fascination, parce que j'suis coincée dans cette vallée et que j'm'y retrouve pas, dans tout ce brouillard et tout ce noir qui me fait atrocement peur. Les gens te disent que ça ira, que ça reviendra, mais ils ne te croient pas quand tu dis que tout s'est évaporé pour toujours. Je continue d'écrire mais mes mots n'ont plus la même odeur, plus d'ironie, de sarcasme, plus de rire, ni bonheur ni malheur, plus de peur, plus rien, juste des mots, avec leur définition dans le dictionnaire, c'est tout. Plus rien que ça. Abandonner. Pourtant. Ah ça non. Jamais. Même si c'était que des conneries ces Rêves de gosse. Même si tu le savais au fond de toi que même si ça te faisait un bien fou, ça allait s'arrêter, sans vraiment croire en toi, sans te dire qu'autre part, y'avait le mont Everest qui t'attendait, qu'il fallait pas abandonner, mais continuer dans cette vallée, car au début y'aura le vrai zénith qui t'ouvrira les bras mais... non. Juste espérer dans le vague sans vraiment prier pour de vrai. Sans croire en tes voeux. Sans te dire que ça peut t'arriver à toi. Les gens te disent, t'assoment de phrases que tu rêvais d'entendre, "Ça reviendra, tu es faite pour ça", mais y'a que toi qui sais... Y'a que moi qui sais qu'après cette vallée y'a rien. Et un jour ça ne te fait plus rien. Je n'essaye plus de me forcer à écrire quelquechose pour la conscience, comme accomplir un travail quotidien de façon obligée. Ponctuelle, pour se dire que c'est pas totalement terminé. Et même si je ne veux pas ouvrir les yeux, moi je le vois bien. Alors tu commences à déchirer tes écrits, tous ces papiers que tu ne reliras même pas une dernière fois pour goûter à la saveur du passé, pour t'y replonger, ça ne te touche plus. J'ouvre une nouvelle porte, tout est blanc, tout est vide, l'écriture m'a abandonnée, ou peut-être est-ce l'inverse, peut-être est-ce moi qui l'aie abandonnée. Pourtant derrière ces murs peints de blanc je vois bien qu'il susbiste des résidus du passé qu'on essaye de masquer par du superflu... Je sais que ça partira jamais, mais que ça ne reviendra pas non plus. C'est là, quelquepart, ça m'habite, mais ça ne sortira pas. Jamais plus.
Alors je referme calmement ce livre, et je le range au fond d'un tiroir. Puis faire comme avant. Ça sent le renfermé dans mon coeur, je l'ai pas ouvert depuis longtemps.